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Lisez liberation.fr du 18 février: Non, nous ne mettrons pas les Femen au pilori !

Tribune Lors de leur manifestation à Notre-Dame de Paris, ces féministes ont dénoncé avec raison et, avec leurs corps, la misogynie fondamentale de l'Eglise.
Par Annie Sugier et Linda Weil-Curiel, présidente et secrétaire générale de la Ligue du droit international des femmes, Anne-Marie Lizin, présidente honoraire du Sénat belge, et coordonatrice du Réseau Hocrint contre les crimes d’honneur.

Plutôt que de s’en prendre à quelques jeunes femmes dénudées manifestant de manière iconoclaste dans Notre-Dame à l’annonce de la démission du pape Benoit XVI, l’Eglise catholique pourrait saisir cette occasion pour mener une véritable réflexion sur son refus obstiné du droit de disposer librement de son propre corps pour le deuxième sexe. Le corps des femmes est la cible de l’Eglise. C’est bien cette misogynie fondamentale que dénoncent les manifestations des Femen justement avec leur seule arme, leur corps... Leurs actions rappellent aussi que l’Eglise a raté tous les grands rendez-vous de l’histoire de la modernité et de la libération des femmes : le divorce, la contraception, l’interruption volontaire de grossesse, le pacs, le mariage civil pour tous...

On ne compte plus le nombre de femmes à travers le monde qui sont mortes, ou sont blessées dans leur chair et leur vie pour n’avoir pas eu accès au droit élémentaire de mettre au monde les enfants qu’elles ont choisi d’avoir. C’est sans doute le plus grand crime de l’Eglise contre les femmes. Un exemple parmi tant d’autres de la violence de l’Eglise face à ces détresses : l’excommunication en 2009 par Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife au Brésil, de la mère d’une enfant de 9 ans pour avoir fait pratiquer une IVG sur la fillette. Violée par son beau-père, elle était enceinte de jumeaux et sa vie même était en jeu. Pour faire bonne mesure l’excommunication a été étendue à l'équipe médicale coupable de ce crime, mais pas le beau-père ! Le Vatican afficha son soutien à l’archevêque de Recife par la voix du cardinal Giovanni Battista Re, responsable de l’Eglise d’Amérique latine. «L’Eglise a toujours défendu la vie et doit continuer à le faire.» Indigné, le président Lula s’était exclamé : «En tant que chrétien et catholique, je déplore sincèrement que l’Eglise catholique ait un comportement aussi conservateur.» Pourtant l’année suivante, la candidate à sa succession, Dilma Rousseff, pour se rallier le vote chrétien, abdiquera ses principes. «Si je suis élue présidente de la République, je ne prendrai pas l’initiative de proposer des changements de législation sur l’avortement et sur d’autres thèmes concernant la famille.»

Plus révélatrice encore de l’obsession de l’Eglise à s’opposer au droit des femmes à disposer de leur corps, la bataille diplomatique acharnée menée par le Saint-Siège lors de la conférence internationale sur la population et le développement en 1994 au Caire. Jean-Paul II (béatifé par son successeur...) est alors aux commandes. «Aucun enjeu n’a plus affecté Jean-Paul II au long de son pontificat que la Conférence du Caire», notait Raymond Flynn, ambassadeur des États-Unis près le Saint-Siège. Faisant alliance avec les autres religions, il réussit à faire échouer cette conférence de l’ONU, tout comme il réussit à faire amender de nombreux traités internationaux touchant à ce que l’on appelle pudiquement «les droits reproductifs». Comment s’étonner dans ces conditions que l’Eglise n’ait jamais condamné les commandos pro-vie qui continuent à menacer le fonctionnement des unités hospitalières IVG dans un pays comme la France où seule la loi laïque doit s’appliquer ?

Non, nous ne mettrons pas au pilori les Femen, car leur geste attire notre attention sur l’essentiel, la réalité de la politique de la Papauté à l’égard de la moitié de l’humanité. En cela elles témoignent d’une plus grande dignité que leurs critiques.

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