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Baby Loup : au juge de dire le droit, au législateur de faire la loi

« L’affaire Baby loup », à l’origine simple conflit du travail, est apparue, au fil d’un interminable feuilleton juridique ultra médiatisé, pour ce qu’elle est véritablement : un révélateur d’inquiétantes problématiques nouvelles remettant en cause le socle du Pacte républicain.

On peut regretter que les commentateurs n’aient pas assez relevé que le licenciement de Madame Afif avait été consécutif à des actes d’insubordination et de menaces lors de sa mise à pied conservatoire , et non à son refus d’enlever son voile, bien qu’en contravention avec un règlement intérieur qu’elle connaissait parfaitement. Mais force est de constater que la salariée, en choisissant de plaider l’atteinte à ses convictions religieuses, a elle-même placé le conflit sur le terrain hautement symbolique de la laïcité et des libertés qui s’y attachent.

Or, le matin même de l’audience devant statuer en dernier ressort, Jean-Louis Bianco, président l’Observatoire de la laïcité, a jugé opportun de commenter l’affaire dans un quotidien *, réitérant ainsi ce qu’il s’était déjà autorisé à faire lors du précédent procès en appel. Au-delà du cas Babyloup pour lequel il recommande « 2 solutions » juridiques toutes prêtes, il trouve une nouvelle occasion de relativiser le nombre et la gravité des atteintes à la laïcité et, surtout, de réaffirmer son opposition à la voie législative, allant même jusqu’à déclarer « très dangereux » un « débat législatif sur la laïcité ».
Or, si l’affaire Baby loup s’est transformé en marathon juridique, c’est bien parce qu’elle a démontré l’insuffisance des textes et de la jurisprudence face à des revendications communautaristes grandissantes, amenant les plus hautes autorités judiciaires à des conclusions radicalement divergentes.
Qu’un Observatoire rende des avis contraires aux orientations préconisées par le Président de la République qui l’a mis en place – le Ministre des droits des femmes, porte parole du gouvernement et le Ministre de l’Intérieur et des cultes s’étaient également clairement positionnés- n’est pas choquant.
Que son président prenne l’habitude de développer, par media interposés des positions allant à l’encontre de celles exprimées très majoritairement par l’opinion publique et les acteurs de terrain, peut interroger.
Mais qu’avant une audience décisive, qui devrait commander réserve et distance, il agite le spectre de « l’agressivité, du désespoir et de la haine » supposés miner notre pays – sans d’ailleurs préciser qui est visé par ces accusations- pour refuser le débat en matière de définition du principe de laïcité et de son périmètre d’application, n’est de nature ni à convaincre ni à apaiser et ne peut aboutir qu’à l’incompréhension et à la radicalisation des positions.

Ce ne sont ni la loi, ni le débat qui sont dangereux, ce sont la résignation et le renoncement.

*Libération du 16 juin 2014
Paris le 19 juin 2014

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