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Décès de Thérèse Clerc, militante féministe et fondatrice de la Maison des Babayagas

Militante féministe de la première heure, Thérèse Clerc, fondatrice de la Maison des Babayagas, résidence autogérée pour femmes à Montreuil, est décédée mardi à l’âge de 88 ans.

Atteinte d’un cancer, elle «s’est éteinte paisiblement chez elle», a précisé Danielle Michel-Chiche, auteure de la biographie Thérèse Clerc, Antigone aux cheveux blancs (édition des Femmes) et son amie de longue date.
Thérèse Clerc est la fondatrice de la Maison des Femmes, ouverte aux femmes de tous âges, victimes de violence, en insertion ou réinsertion, et de la Maison des Babayagas, toutes deux à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Elle a également créé l’Université des Savoirs sur la Vieillesse (UNISAVIE), première université populaire sur la vieillesse.

Née le 9 décembre 1927, féministe engagée, elle avait milité notamment au Mouvement de la Paix, au MLAC (Mouvement pour la Libération de l’Avortement et de la Contraception) ou encore au PSU. Chevalier de la Légion d’honneur, Thérèse Clerc, mère de 4 enfants, s’était battue pendant quinze ans pour la Maison des Babayagas, ouverte finalement en 2013, avec une vingtaine de colocataires âgées de 60 à 80 ans, installées dans des studios individuels au cœur d’un seul et même bâtiment.

Il s’agissait pour ces femmes attachées à leur indépendance de « vieillir ensemble », « en toute liberté », expliquait-elle alors. Les Babayagas empruntent leur nom aux sorcières mangeuses d’enfants des contes russes. Installée en centre-ville, à deux pas du métro et des commerces, la Maison des Babayagas est «une utopie réaliste» que Thérèse Clerc imagine en 1995 : « Je me suis occupée de ma mère grabataire pendant cinq ans, alors que je travaillais encore, que je faisais face aux turbulences conjugales de certains de mes quatre enfants et que j’avais déjà des petits-enfants. J’étais seule, j’ai vécu cinq années très dures et j’ai pensé que je ne pouvais pas faire vivre ça à mes enfants », livrait-elle à Libé début 2014. Avec deux amies, elle conçoit donc le projet d’une maison «autogérée, citoyenne, écologique, féministe, laïque et solidaire», valeurs inscrites dans une charte de vie.

Le 15 janvier dernier, la Maison des Femmes avait pour sa part été baptisée Maison des Femmes Thérèse Clerc, en sa présence.«Citoyenne et utopiste jusqu'au bout, inconditionnelle défenseure de la liberté, elle a su faire de sa vie un combat et une fête», a souligné sa biographe.

Thérèse Clerc apparaît dans le beau documentaire Les Invisibles, signé Sébastien Lifshitz, sorti fin 2012 et qui suivait des homosexuels nés durant l'entre deux-guerres. A propos de sexualité, justement, Thérèse Clerc tordait le cou aux idées reçues dans le portrait que lui avait consacré Libé en 2008, où l'on pouvait lire le paragraphe ci-dessous.

Qui mène Thérèse ? Ni homme, ni maître. Des maîtresses, pour sûr oui. Il y en a eu jusque tard dans « ce très bel âge qu’est la vieillesse » où s’épanouit la vraie sexualité, selon Thérèse, celle « où il n’y a pas de pouvoir, ni la dictature de l’érection. Les femmes ne sont plus dans la procréation, ni les hommes dans leur sacro-sainte virilité. Avec ses mains et sa bouche, on peut faire des miracles. Je dis aux hommes : "Vous savez ce qu’il vous reste à faire" ». Il y a deux ans, Thérèse a vécu «une passion». « C’est comme ça que j’ai acheté cette saloperie» , dit-elle en désignant son téléphone portable. Thérèse a été amoureuse d’une femme. « La dernière probablement. »

Source : Libération

A lire : le portrait de Thérèse Clerc paru dans Libération en 2008

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